Un Modèle Multimodal et de Scénarios de mobilité Transfrontaliers pour partager une vision commune sur les transports et l'aménagement au coeur de la Grande Région.

Financé dans le cadre du programme INTERREG V A Grande Région, le projet MMUST a pour objectif d'élaborer un outil d'aide à la décision et à l'évaluation des politiques de transport en faveur de la mobilité transfrontalière au coeur de la Grande Région. Sous le pilotage de l'AGAPE (Agence d'urbanisme et de développement durable Lorraine Nord), il sera mis en oeuvre par un groupement de plusieurs acteurs comprenant le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), le LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research), les universités de Namur et de Liège ainsi que le Ministère du Développement Durable et des Infrastructures du Grand-Duché de Luxembourg.

La Grande Région est un territoire situé dans le coeur historique de l'Europe et couvrant :

  • en Allemagne : la Sarre et la Rhénanie-Palatinat,
  • en France : la Lorraine,
  • le Grand-Duché de Luxembourg,
  • en Belgique : la Wallonie.

Ce territoire est la région transfrontalière connaissant le plus grand nombre de travailleurs frontaliers de l'Union Européenne. En 2015, 219 000 personnes ont traversé quotidiennement une frontière nationale pour se rendre sur leur lieu de travail dans un pays voisin.

D'année en année, le Grand-Duché de Luxembourg renforce davantage son statut de principal pôle d'attraction économique de la Grande Région. Alors que les travailleurs frontaliers vers ce pays ne représentaient « que » 60 000 personnes en 1996, ils sont près de 186 000 fin 2017, en provenance de France pour moitié, et d'Allemagne et de Belgique à parts quasi-égales. Cette situation engendre des tensions fortes sur les réseaux de transport de cet espace, auxquelles chaque État / Région tente de répondre en adaptant l'offre de transport sur son territoire aux besoins des usagers.

D'enjeu majeur, la mobilité transfrontalière va devenir très prochainement l'enjeu prioritaire de la Grande Région, en raison des mutations démographiques et économiques à l'oeuvre, et en raison des flux considérables projetés à moyen terme. En dépit de la décroissance du nombre d'actifs à laquelle vont être confrontés ses voisins, le Grand-Duché de Luxembourg fait état de perspectives économiques toujours aussi ambitieuses, avec la prévision de plusieurs dizaines de milliers d'emplois supplémentaires à horizon 2035. Le nombre de travailleurs frontaliers vers ce territoire pourrait ainsi dépasser les 200 000 dès 2020, et les 260 000 à l'horizon 2035 (cf. carte ci-après).

Par ailleurs, à ces flux massifs de personnes, s'ajouteront des flux de marchandises également en croissance. En effet, chaque territoire de cet espace porte individuellement des projets de développement de plateformes logistiques : plateforme de Bettembourg-Dudelange au Luxembourg, Terminal Container d'Athus en Belgique, Ports de Moselle en France, pour ne citer qu'eux (cf. carte ci-après). Et leurs perspectives de développement n'en sont pas moins ambitieuses.

Les effets cumulatifs de ces perspectives économiques et de ces différents projets pourraient, s'ils ne sont pas anticipés, générer des saturations encore inédites des réseaux de transport des territoires de la Grande Région. Afin d'éviter cette situation et de permettre un développement harmonieux et durable de cet espace européen, il devient dès lors indispensable que les acteurs de la mobilité, dont les autorités organisatrices de transport, de ces territoires travaillent en commun sur une vision partagée de son évolution à moyen terme et sur des outils partenariaux d'aide à la décision, afin d'organiser efficacement la mobilité des personnes et des marchandises au sein de la Grande Région.

Habituellement, en matière de mobilité, qu'il s'agisse de personnes et/ou de marchandises, l'outil d'aide à la décision privilégié est le modèle de prévision des déplacements. De part et d'autre des frontières, plusieurs modèles de ce type existent mais ils présentent tous des limites dans leur domaine d'usage, empêchant une analyse globale de la problématique transfrontalière et un partage de la connaissance. Aucun modèle n'est suffisamment développé sur les déplacements transfrontaliers des personnes et des marchandises pour permettre des analyses globales de l'effet du développement économique de cet espace.

C'est pourquoi, sous le pilotage de l'AGAPE (Agence d'urbanisme et de développement durable Lorraine Nord), un consortium de centres d'études et de recherches comprenant le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), le LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research), les universités de Namur (UNamur) et de Liège (ULiège), ainsi que le Ministère du Développement Durable et des Infrastructures du Grand-Duché de Luxembourg, propose la construction d'un outil de modélisation multimodale de la mobilité transfrontalière sur la Grande Région. Ainsi est né le projet MMUST (Modèle MUltimodal et Scénarios de mobilité Transfrontaliers).

Ce projet s'appuie sur un dispositif d'étude ambitieux, bénéficiant de l'expertise acquise par chaque partenaire dans les domaines de la mobilité, de la modélisation et de la simulation. Il est ainsi prévu de constituer des bases de données harmonisées sur la mobilité et les transports, de compléter les données existantes à l'aide d'enquêtes transfrontalières de déplacement et de développer des méthodologies innovantes pour la modélisation multimodale des flux de déplacements des biens et des personnes.

Il associera étroitement, et principalement, les pouvoirs publics et acteurs du transport transfrontalier au travers d'une structure de gouvernance de cet outil, permettant de partager les hypothèses d'évolution des territoires et d'analyser collectivement leurs incidences sur la mobilité transfrontalière dans le temps. Chaque acteur pourra ainsi tester différents projets d'infrastructures ou scénarios d'aménagement du territoire, nationaux ou transfrontaliers, et en mesurer les impacts sur les différents versants de la Grande Région. In fine, le projet permettra ainsi une réflexion conjointe sur les évolutions et changements à prévoir en matière d'offres de transport pour faciliter les déplacements des travailleurs frontaliers et des apprenants.

Le projet MMUST, d'un montant total de 2,9 MEUR, bénéficie d'un financement du Fonds européen de développement régional (FEDER) de 1,7 MEUR dans le cadre du deuxième appel à projets du programme INTERREG V A Grande Région. Il se déroulera sur la période 2018-2021.